La sensibilisation aux droits des femmes à Kinshasa : entretien avec une avocate engagée

Mal­gré les avancées juridiques en République démoc­ra­tique du Con­go, de nom­breuses femmes con­nais­sent encore mal leurs droits. Afin de mieux com­pren­dre les défis liés à la sen­si­bil­i­sa­tion autour des droits des femmes à Kin­shasa, nous avons ren­con­tré Maître Priscille, avo­cate de for­ma­tion. Dans cet entre­tien, elle partage son expéri­ence et son analyse de la sit­u­a­tion.

Présen­ta­tion de l’in­ter­viewée

Maître Priscille Kabe­di, avo­cate au bar­reau du Kwilu, exerce depuis plusieurs années dans le domaine du droit. Elle accom­pa­gne notam­ment des femmes dans la défense de leurs droits et par­ticipe à des activ­ités de sen­si­bil­i­sa­tion juridique.

1. Pou­vez-vous vous présen­ter et nous par­ler de votre par­cours en tant qu’av­o­cate ?

Maître : « Je suis Priscille Ngoie Kabe­di, avo­cate au bar­reau du Kwilu. En dehors de mes fonc­tions d’avocate je suis activiste du droit de l’homme avec un accent par­ti­c­uli­er sur le droit de la femme et de l’enfant. Je suis coor­don­na­trice de l’association Femme et enfant (AFA en sigle) je suis chargée du sociale dans l’Association des femmes avo­cates (AIFA en sigle). Toutes ces organ­i­sa­tions pour­suiv­ent un même objec­tif  »

2. Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager dans la défense des droits des femmes ?

Maître :

« J’ai été pro­fondé­ment mar­quée par les nom­breuses injus­tices que subis­sent les femmes au quo­ti­di­en. Beau­coup ignorent leurs droits ou renon­cent à les revendi­quer par peur, par manque d’information ou en rai­son des pres­sions sociales. En tant que avo­cate j’ai estimé que je pou­vais con­tribuer à faire évoluer la sit­u­a­tion. »

3. Com­ment éval­uez-vous aujour­d’hui le niveau de sen­si­bil­i­sa­tion des femmes à leurs droits à Kin­shasa ?

Maître :

« Je peux dire que la sen­si­bil­i­sa­tion est moyenne. Les organ­i­sa­tions inter­na­tionales peu­vent par­fois les financer mais ont du mal à cou­vrir toute l’étendue de la RDC. Le min­istère du genre a égale­ment un porte­feuille réduit. D’une autre part la pop­u­la­tion elle-même ne prête pas atten­tion aux infor­ma­tions dif­fusées, dans les médias par exem­ple, tous les jours des hommes et des femmes par­lent des droits de la femme mais la pop­u­la­tion est plus sur les tik tok et les réseaux soci­aux. Plusieurs per­son­nes vous diront qu’il ne suiv­ent pas les infor­ma­tions dif­fusées par la RTNC car elles les jugent trop sérieuses. Les moyens sont lim­ités mais la pop­u­la­tion aus­si ne mon­tre pas un intérêt sur la ques­tion. »

4. Quels sont les prin­ci­paux obsta­cles à la sen­si­bil­i­sa­tion des femmes à leurs droits ?

Maître : « Les prin­ci­paux obsta­cles sont les préjugés comme « Mwasi a ton­ga­ka mbo­ka te » qui lim­ite ma femme. Ça empiète les droits de la femme, sa per­son­nal­ité et nous met en dif­fi­culté. Il y a aus­si des femmes qui sont figées sur les tra­di­tions par exem­ple une femme qui perd son marie et refuse de se remari­er et pleure sa mari toute sa vie là la société la ver­ra comme une bonne femme. Pour­tant dans le cas inverse, l’homme se remarie une année plus tard. Nous nous obser­vons une injus­tice mais il y a des femmes qui se plaisent à ça. »

5. Quelles sont les vio­la­tions des droits des femmes que vous ren­con­trez le plus sou­vent dans votre pra­tique ?

Maître : « Les cas les plus fréquents con­cer­nent l’attentat à la pudeur, les vio­lences con­ju­gales, les vio­lences sex­uelles, les mariages for­cés ou pré­co­ces, les dis­crim­i­na­tions dans l’accès à l’héritage, ain­si que les vio­lences économiques. Les femmes subis­sent des agres­sions ver­bales, psy­chologiques tous les jours. On est en route et une femme fait un dépasse­ment et les gens vont lui dire « nayo pe mwasi » comme si une femme n’avait pas droit à lla vie. Alors que les hommes et les femmes sont égaux.  »

6. Quel rôle les avo­cats peu­vent-ils jouer dans la pro­mo­tion des droits des femmes ?

Maître :

« J’aimerai pré­cis­er que la sen­si­bil­i­sa­tion n’est pas le tra­vail de la femme avo­cate sauf si elle est fait le droit et pro­tec­tion de la femme. Elle est comme l’homme avo­cat, vous la con­sul­ter lorsque vous avez un prob­lème. Le mal chez nous c’est que nous con­sul­tons les avo­cats seule­ment lorsque nous avons un prob­lème. Par exem­ple, si tu veux te mari­er, tu peux con­sul­ter un avo­cat qui va te con­seiller sur les effets de chaque régime mat­ri­mo­ni­al puisque dans la plu­part des cas la com­mune n’explique pas tout. »

7. Que devraient faire les autorités pour ren­forcer la pro­tec­tion des droits des femmes à Kin­shasa ?

Maître :

«Les autorités devraient ren­forcer l’application effec­tive des lois exis­tantes, lut­ter con­tre l’impunité des auteurs de vio­lences, amélior­er l’accès à la jus­tice et soutenir davan­tage les struc­tures qui pren­nent en charge les vic­times. Elles devraient aus­si inve­stir dans des cam­pagnes de sen­si­bil­i­sa­tion per­ma­nentes et inté­gr­er l’éducation aux droits humains dans les pro­grammes sco­laires. »

8. Si vous aviez une seule recom­man­da­tion à adress­er aux autorités, aux familles et aux jeunes con­cer­nant les droits des femmes, laque­lle serait-elle ?

Maître Priscille :

« Je leur deman­derais de con­sid­ér­er les droits des femmes comme des droits humains fon­da­men­taux. Cha­cun doit con­tribuer à pro­mou­voir le respect, l’égalité et la dig­nité de la femme. Les familles doivent édu­quer les garçons et les filles dans un esprit d’égalité, les jeunes doivent rejeter les vio­lences et les dis­crim­i­na­tions, et les autorités doivent garan­tir que les lois soient appliquées. »

Pour chuter, cet entre­tien met en évi­dence que la sen­si­bil­i­sa­tion demeure essen­tielle pour per­me­t­tre aux femmes de mieux con­naître et défendre leurs droits. Selon Maître Priscille, les efforts doivent être ren­for­cés à tra­vers l’é­d­u­ca­tion, les médias et l’en­gage­ment des insti­tu­tions publiques. La pop­u­la­tion fémi­nine doit com­pren­dre qu’elle doit être infor­mée sur leurs droits.

Har­monie Dakari

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