Rédaction | 31 juillet 2026
Entreprendre au féminin : Place, défis et pouvoir de la femme dans le journalisme culturel et artistique en RDC.
Dans le cadre de notre série d’entretiens consacrés à la femme dans les médias, nous avons rencontré “Milka Mayambi”, journaliste spécialisée en culture et art. Passionnée par la valorisation de l’identité congolaise, elle revient sur son parcours, les réalités des femmes dans le secteur culturel et le rôle de la communication dans la promotion de l’art congolais.
Q1. Pouvez-vous vous présenter et nous dire ce qui vous a poussée à choisir le journalisme culturel et artistique ?
Milka Mayambi : Je suis Milka Mayambi, journaliste de formation, passionnée de culture et d’art. Depuis toute petite, j’ai aimé l’art, la musique, le théâtre, la littérature. J’ai choisi le journalisme culturel parce que j’ai constaté que la culture congolaise était peu racontée par nous-mêmes. Je voulais donner une voix à nos artistes, à nos créateurs.
Q2. Selon vous, quelle est aujourd’hui la place de la femme dans le secteur de la culture et de l’art en RDC ?
Milka Mayambi : La femme a une place centrale mais encore invisible. Si vous regardez bien, ce sont les femmes qui gardent nos contes, nos danses, nos traditions. Aujourd’hui de plus en plus de femmes deviennent artistes, curatrices, promotrices culturelles. Mais on ne les invite pas assez sur les grands plateaux. Elles sont là, mais on ne les voit pas assez.
Q3. Quels sont les principaux défis que vous rencontrez en tant que femme journaliste dans un domaine culturel encore dominé par les hommes ?
Milka Mayambi : Le premier défi, c’est de se faire prendre au sérieux. Quand tu es femme et que tu parles de culture, certains pensent que tu fais ça pour le buzz. Il faut prouver deux fois plus qu’un homme qu’on connait son sujet. Le deuxième défi c’est l’accès aux sources et au financement pour couvrir les grands festivals.
Q4. Avez-vous déjà été victime de préjugés ou de discrimination ?
Milka Mayambi : Oui. Une fois, lors d’une conférence de presse d’un grand artiste, on m’a dit que les questions culture c’est pour les hommes, que les femmes doivent couvrir les faits divers. Ça m’a blessée, mais ça m’a aussi donné la force de créer ma propre plateforme pour parler de culture sans filtre.
Q5. En quoi la communication est-elle importante pour valoriser l’art et la culture congolaise ?
Milka Mayambi : Sans communication, l’art meurt. Un artiste peut avoir du talent, s’il n’est pas bien communiqué, personne ne le saura. La communication culturelle, c’est ce qui transforme une œuvre en héritage. C’est notre rôle de journaliste de faire le pont entre l’artiste et le public.
Q6. Quelles qualités une femme doit-elle développer pour réussir dans le journalisme culturel ?
Milka Mayambi : La curiosité, la rigueur et l’amour de la culture. Il faut beaucoup lire, beaucoup écouter, aller sur le terrain, respecter l’artiste. Et surtout avoir confiance en soi. Il ne faut pas attendre qu’on vous donne la place, il faut la créer.
Q7. Pensez-vous que les femmes congolaises s’intéressent suffisamment à la culture et à l’art ?
Milka Mayambi : Oui, énormément. Mais on leur a fait croire que la culture c’est seulement le divertissement. Or la femme congolaise est la première actrice culturelle dans sa maison, dans son habillement, dans sa façon d’éduquer. Il faut juste mieux les sensibiliser et leur montrer que leur quotidien c’est déjà de l’art.
Q8. Votre travail contribue-t-il à promouvoir d’autres femmes artistes ?
Milka Mayambi : C’est ma mission principale. Dans mes reportages, mes interviews, je donne la priorité à 70% aux femmes artistes, des jeunes filles qui peignent à Selembao, qui chantent à Matonge, qui font du cinéma. Si moi je ne les montre pas, qui le fera ?
Q9. Quel est le moment le plus marquant de votre carrière jusqu’à présent ?
Milka Mayambi : C’était la couverture du Festival Amani à Goma. J’étais la seule femme journaliste culture venue de Kinshasa. Voir comment l’art arrivait à réconcilier les gens malgré la guerre, ça m’a marquée. Je me suis dit : voilà pourquoi j’ai choisi ce métier.
Q10. Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Milka Mayambi :Mon rêve est de créer une grande plateforme numérique 100% dédiée à la femme dans la culture et l’art congolais, avec des archives, des portraits, des formations pour les jeunes filles qui veulent faire du journalisme culturel.
Q11. Quel message adressez-vous aux étudiantes de l’UNISIC qui veulent suivre votre voie ?
Milka Mayambi : N’ayez pas peur d’aimer la culture. Ne courez pas seulement derrière la politique. La culture c’est notre âme. Travaillez, soyez professionnelles, et surtout racontez le Congo avec fierté, avec le regard d’une femme.
Merci d’avoir répondu à nos questions.
Interview réalisée par Eunice Eale, stagiaire


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